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M. Hiroshi TAJIMA (Hiroshi UCHIDA)
Certains s'attacheront peut-être à décrire son caractère franc et bonhomme mais pour ma part, M. Tajima c'est "Madame Bovary" de Flaubert.
Je ne me rappelle pas dans quelle mesure ce roman aura contribué à me faire maîtriser le français, mais plus que le contraste entre la rondeur de son visage et le monde flaubertien, j'ai plutôt le sentiment maintenant que c'est son style Edo qui était en adéquation avec la droiture de la campagne profonde française.
Bientôt à la retraite, je serais alors libéré de toute contrainte. Pour faire ce qui me plaît et aller où bon me semble. Et j'aimerais vivre en totale harmonie avec la nature. Pour pouvoir lire lentement Stendhal, Flaubert, Rousseau, et Montaigne. Tout en étant bersé par le vent de France, d’Afrique, ou de Chiang Mai.
Merci M. Tajima pour cet élixir de jeunesse perpétuelle.
Première rencontre avec M. TAJIMA (Kimiko OHKAWA)
A cette époque, les cours de Gaigo (Tokyo University of Foreign Studies) avaient lieu le soir, et les résultats des examens étaient affichés au début du mois d’avril. J’avais déjà effectué les démarches administratives pour rentrer à Waseda et avais même assisté à la cérémonie d’accueil, mais la remarque de mes parents "Tu vas bien entendu faire Gaigo, n'est- ce pas?!" n'avait pas manqué de m'énerver.
Beaucoup d'étudiants ont dû avoir ma réaction, mais je me rendis malgré tout à une journée d'information et d'orientation sur l'entrée à Gaigo. S'y trouvaient MM. Tajima et Yajima. Tous les deux m'écoutèrent aimablement en souriant, et quand ils surent que je sortais de Futaba, M. Yajima dit alors: "Ma fille a choisi Keio après avoir elle aussi fini Futaba. Waseda est peut-être plus approprié pour une personne venant de l'enseignement privé." M. Tajima acquiesça d'un hochement de tête.
En definitive, j’ai opté pour Gaigo mais - au risque de m'égarer un peu - une autre étudiante vint ce jour-là pour résoudre un dilemne similaire. Charmante personne vivant à Kami-Igusa (Suginami-ku), elle vint m’annoncer plus tard qu’elle avait choisi d’aller à Waseda. Je me demande ce qu’elle devint quand Waseda fut par la suite le siège des violentes manifestations étudiantes. Et de me dire que ma vie eut pû être différente si j’avais fait comme elle. Si, comme dans une sorte de jeu, j'avais la possibilité de voir ce qu'aurait pu être cette autre destinée, j'ai l'impression que j’aimerais y jeter un coup d’oeil.
Souvenirs de M. Hiroshi TAJIMA(Naotake OHTANI, F42)
J'ai la chance de pouvoir insérer quelques mots dans la brochure commémorative du Club "Merci" au sujet de M. Tajima. Informé par un courier de Mme Hakoyama au tout début du mois de février dernier de la disparition de M. Tajima, je me suis rendu à ses funérailles au temple Hohsen.
Diplômé en 1967, je m'aperçois en lisant l'abrégé de son Curriculum vitae que c'est durant la période 1962-1967 où je fréquentais la faculté, que M. Tajima a été promu du poste d'Assistant à celui de Professeur. Nous nous sommes perdus de vue pendant plusieurs années après l'Université, et c'est en 1982 ou 83 (me semble-t-il) - quand MM. Hiroshi Matsuura (gérant d'une société française de traduction) et Ogasawara (Nikko Engineering) sont devenus les administrateurs du Club, et que se sont enchaînées les réunions des anciens élèves des promotions 67-68 du Département de Linguisitique Française - que je l'ai revu alors qu'il était assis en compagnie de M. Iwasaki.
En mai 2002, il assistait avec son épouse à la seconde partie d'une de ces réunions au pub-restaurant de style anglais "Usukeboh" à Motoishicho. Son sourire ne l'a pas quitté de toute notre discussion.
Trois faits me reviennent à l'esprit quant à l'époque où il enseignait à la Faculté.
Je ne faisais que sauter les cours sous prétexte des activités du cercle, et pour une fois que j'assistais à l'un de ceux de M. Tajima - le jour même où M. Jacques Origas, disparu l'an passé, venait de prendre son poste à Gaigo - celui-ci nous relata leur rencontre à l'arrêt du tramway de Nishigahara ou bien à la gare de Sugamo où il était allé le chercher en l'abordant par un "Etes-vous M. Origas?".
Ces quelques mots qui restent gravés dans ma mémoire symbolisèrent aux yeux du jeune homme immature que j'étais la rencontre entre un Français et un Japonais.
En second lieu, M. et moi du groupe Théâtre, la paire de cancres du Département, n'avions pratiquement pas assisté aux cours tant les représentations sur le campus des vacances de printemps (en fin de seconde année) nous absorbaient. Lors d'une rencontre fortuite avec M. Tajima, alors que nous lui avions demandé sans ambages: "Et si nous continuions en troisième année?", il tira lentement de sa poche un carnet comme un registre des Enfers, le consulta en tournant les pages, pour nous dire en penchant doucement la tête: "Hum, ça semble bien difficile ..." Cette simple remarque nous fit comprendre à quel point notre légèreté risquait fort de nous faire redoubler.
Troisième fait. La résidence universitaire en bois du Campus de Nishigahara - qui marqua ses débuts de jeune enseignant comme il le relate dans le numéro 25-26 de "Flambeau" - fut pour nous aussi source de nombreux souvenirs, en particulier la pièce au coin du 1er étage. Les 7 ou 8 individus qui y vivaient y avaient placé un panneau de style underground "Les Pirates du Théâtre" dont il se moqua à je ne sais trop quelle occasion alors que, jeunes et inexpérimentés, nous tournions dans le Campus en affectant de nous donner des airs d'artistes. Eu égard à la faiblesse de mon niveau en français, cela me fit l'effet d'une bonne douche froide. La profonde générosité de cet homme perpétuellement souriant fit que le cancre que j'étais eu autant de surprise que de joie à recevoir son diplôme au bout de 5 ans.
A l'éminence de l'enseignement du français au Japon, Président de la Société Japonaise de Didactique du français et de la Société Japonaise de Langue et Littérature Françaises, homme généreux et d'une grande largeur de vue qui nous regardait doucement non sans une pointe de cynisme, l'un de ces étudiants bien indolents tient à vous dire à quel point l'amertume et le remords qui emplissent sa vie d'étudiant rehaussent la grandeur de votre personnalité, et renforcent la profonde admiration que j'avais pour vous.
L'expérience pénible des temps de guerre, 30 ans de passion pour le Kyogen et la flûte de Nô, l'éducation et la formation de générations d'étudiants de plusieurs Universités, la compilation de nombreux ouvrages et dictionnaires de français, toujours souriant quelque soit le domaine abordé, je me souviendrai exclusivement de vous comme un mélange de respect et d'une certaine forme de chaleur, et je vous en remercie profondément. Je prie pour le repos de votre âme.
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En souvenir du Professeur Hiroshi TAJIMA(Yusuke KANAZAWA) Je me rappelle l'avoir rencontré pour la première fois en mars 1964, quelques jours après l'annonce des résultats de l'examen d'entrée au Département de Linguistique Française de Gaigo. C'était dans la salle des professeurs, située au rez-de-chaussée, face aux jardins de Nishigahara (Kita-Ku). Provincial effrayé à l'idée d'avoir à apprendre le français, je me suis présenté plutôt craintivement dans cette salle pour présenter mes respects aux enseignants qui allaient devoir m'enseigner cette langue. Se trouvaient là MM. Koichiro Yajima (Professeur Senior), Hiroshi Tajima (Professeur), et Chikara Iwasaki (Assistant). Les trois acceuillirent chaleuresement l'étudiant au crâne rasé que j'étais. Je me rappelle encore les chaudes paroles qui ont rassuré celui qui venait d'Odate (Akita) dans le Tohoku. M. Yajima: "Avez-vous déjà regardé ou ecouté du français ou des chansons françaises à la télévision ou à la radio? Aimez-vous le cinéma français?"; M. Tajima: "L'accent du Tohoku facilite l'apprentissage des sons nasaux du français!"; M. Iwasaki: "Je suis moi aussi originaire du Tohoku, de Yamagata. Je suis d'abord rentré au Département des Sciences de l'Université de Tokyo, mais j'ai finalement opté pour le Département de Littérature tant je voulais étudier la littérature française". Quoique toujours un peu inquiet, ces discussions me rendirent malgré tout confiance.
Homme sans façon, plein de candeur et souvent tout sourire, M. Tajima ne faisait jamais étalage de son savoir. Spécialiste de l'étymologie, de la syntaxe, du style, de la grammaire, de l'histoire et de la pédagogie du français, les premiers cours de grammaire française en Labo, ou bien encore le ”Malesherbes est enfin arrivé!” du parler populaire, les poètes louant la raison avec simplicité et lucidité, les recommandations du “Bon Usage” de Vaugeras, les cours d'histoire du français, etc., sont autant de scènes nostalgiques que je me remémore avec plaisir. Assez étonnement, il me reste aussi quelques fragments de ses explications sur l’universalité du français qu’il illustra de citations telles que “Ce qui n’est pas clair n’est pas français” de Rivarol, ou bien “La Culture fait l’Homme” de Buffon.
La réhabilitation lui permit de se rétablir de façon satisfaisante, et il fit en compagnie de sa femme une apparition en fauteuil roulant à la réunion “Salon des Amis du Français” qui se tenait au satellite de Hongo, où (en tant que Président de l’Association des Amis du Français) il prononçat d’une voix aussi claire que par le passé une courte allocution à l’intention des participants. Je suis allé le saluer ainsi que son épouse après ce discours, alors qu’ils quittaient la salle. C’était le dernière fois que je le voyais.
Sur le plan privé, je me souviens également des conseils qu’il me prodigua lorsque je suis allé le voir à son domicile de Asagaya en 1968 pour une question d’orientation (j’étais alors en 4ème année); ou encore lorsque Kazuyoshi Tomita - condisciple à l’Université avec qui j’intégrai la même entreprise au même moment - et moi furent à nouveau simultanément dépêchés en France et en Belgique en avril 1972 et que, sur notre demande, il nous introduisit auprès d’une personne pouvant nous donner des cours de conversation française (incontestablement il s’agissait de Mme Wind, docteur en philosophie de l’Université de Paris et agrégée); ou encore de l’allocution qu’il prononça à l’occasion de mon mariage en février 1977 (il était alors Directeur du Département de Français). Je lui suis profondément reconnaissant de m’avoir aidé aux moments clés de ma vie. En y réfléchissant de plus près, ses fonctions importantes tant à l’Université que dans les sociétés savantes devaient beaucoup l’occuper, mais il nous a toujours volontiers accordé de son temps pour nous conseiller, et c’est avec gratitude que je l’en remercie maintenant.
Il s’est dépensé sans compter pour bâtir avec ferveur les réseaux de Gaigo tels que l’Association des Amis du Français ou le Salon de l’Association des Amis du Français. Il semble qu’il faisait bon usage du PC et élargissait sans cesse ses contacts. J’ai entendu dire qu’il avait fait un don à la Section II du Département des langues anglo-européennes (celle de français) au mois d’octobre 2000 afin de contribuer à son développement.
De mon côté, je suis resté plusieures années sans remettre les pieds au campus après avoir eu mon diplôme mais comme j’éprouvais le besoin de voir au moins une fois le nouveau campus de Fuchu, j’ai rejoint le tour “Découverte du nouveau campus” de l’Association des Amis du Français.
Le conservateur de la Bibliothèque Universitaire m’ayant fait visiter celle-ci me dit qu’il avait reçu en juillet 2001 sous forme de don un grand nombre de livres précieux relatifs au français, et m’expliqua qu’il était question de le traiter comme la Collection Tajima. Quand j’entendis ceci, je me suis rappelé avoir effectivememt observé un grand nombre de livres en buvant le thé qui m’avait été servi dans son bureau lorsque je m’étais rendu chez lui pour demander conseil.
En parlant de livres, je me souviens encore qu’au moment de commencer ma vie de salarié, M. Tajima me donna une “Grammaire élementaire de français” (dédicacée en page de couverture arrière) en insistant sur le fait qu’il ne fallait “jamais perdre l’enthousiasme des débutants”. Maintenant qu’il nous a quittés, je réfléchis en moi-même à me refaire novice en me remettant un peu à l’étude du français au moment de ma retraite l’an prochain.
Il a toujours répondu fort poliment que ce soit aux vœux de Nouvel An que je lui envoyais chaque année comme tout bon employé muté de poste en poste, ou bien aux cartes de Noël expédiées de l’étranger. Homme franc de caractère, généreux, et très scrupuleux, il était aussi fort estimable.
Je vais et je viens, mais durant un de ses cours il lui arriva d’évoquer furtivement et presque d’un air gêné le fait qu’il pratiquait la flûte japonaise, ou bien la flûte de Pan, je ne m’en rappelle plus. Si j’en crois ce qui se disait, il y excellait mais n’y portant moi-même aucun intérêt je ne tenta plus jamais de revenir sur ce sujet. Je ne sus par conséquent jamais ni quand, ni comment, ni où il excerçait son art. Le mystère se dissipa le samedi 25 avril dernier à l’occasion de la seconde réunion du Club Merci qui s’est tenue au Centre Culturel International d’Azabu Juban. Elle compta 26 participants – dont plusieurs même en provenance du Kansai (Osaka, Nara), Hokuriku, et Tochigi – qui vinrent déplorer la disparition de M. Tajima. C’est en parcourant la brochure diffusée durant cette manifestation et intitulée “Souvenirs du Professeur Tajima” (réalisée par Shuko Mayama et Hiroyuki Hatano à partir de prises de vues empruntées à l’épouse de M. Tajima) que je compris enfin qu’il pratiquait depuis de nombreuses années flûte de Nô et Kyôgen, ses violons d’Ingres, et qu’il fit de brillantes représentations jusqu’à peu avant son attaque; les questions qui me taraudaient disparurent.
Le Kyôgen, qui peut être perçu comme l’art de faire rire avec raffinement, se joue entre deux représentations de Nô et invite les spectateurs à se relaxer avant la pièce suivante en transposant un monde comique à une atmosphère mystèrieuse. Le fait qu’il s’intéressait au Kyôgen plutôt qu’au Nô convenait tout à fait à son caractère et, assez bizarrement, me satisfait.
Il est hors de doute que les yeux de chacun des membres du Club “Merci” auront gardé le souvenir nostalgique du visage de celui qui aimait tant le bon vin (ou peut-être tout simplement l’alcool) et qui, depuis le Paradis, veille sur eux et les regarde chaleureusement en souriant.
M. Tajima, il y aura certainement je pense un peu de dispersion dans les arrivées, mais si nous nous retrouvons au Paradis, réorganisons des réunions du Club “Merci” pour vous remercier encore et encore. Jusque-là veuillez prendre patience en savourant doucement quelques vins blancs et rouges.
Le 6 juin 2004 au début de cette page
M. Hiroshi TAJIMA(Hiroyuki HATANO)
Etudiant, j'ai peu fréquenté les bibliothéques mais ayant été amené après l'Université à travailler dans ce milieu (ce qui me donnait également l'occasion de pratiquer le français), et parce que c'est ce qui avait aussi assuré mon traitement, je ressenti une profonde émotion quand je sus que le fond de la Bibliothèque de Gaigo avait été augmenté par plus de 500 ouvrages ayant appartenu à M. Tajima.
En premier lieu, pas uniquement parce qu'il aimait Gaigo et s'était beaucoup investi dans l'enseignement du français, mais parce qu'il avait une ligne de conduite vis-à-vis de beaucoup de choses. Son article "Nishigahara et moi" (Flambeau 25/26, Octobre 2000) le révèle: "Les Services de l'Instruction m'ont enfin fourni le matériel que je leur avais commandé pour pouvoir enregistrer sur des disques la façon de causer de français natifs, et je fis lire à un vieux prêtre ayant une diction incroyable les textes utilisés dans mes cours." (ceci un peu avant mon époque), ou encore (se référant au fait qu'il militait activement pour la réduction de 62 à 60 ans l'âge de la retraite pour les enseignants), et ce alors qu'il avait atteint la soixantaine: "Quelques années auparavant, j'ai quitté le Département de Linguistique française pour un poste d'enseignement général du français." Avec une telle force de caractère, j'imagine ce qu'a dû être sa détermination pour faire augmenter le fond de la Bibliothèque. Le don lui-même ne comprend que des ouvrages de Linguistique et de Littérature française (essentiellement en français) mais ils ont été soigneusement sélectionnés, et (je ne sais pourquoi) le tout ayant été cédé non pas comme le fond Tajima mais comme des ouvrages standards, du point de vue des archivistes, on ne peut que l'en remercier. Grâce à la bienveillance de la Bibliothèque, la liste de ces ouvrages est accessible à tous à l'occasion de la réunion du Club "Merci" (Accédez à la page d'accueil de la Bilbiothèque de Gaigo à http://www-lib.tufs.ac.jp/opac/WoDetail.html, et tapez un chiffre de 0000510590 à 0000511125 dans le champ "Numéro d'identification (unique) de l'ouvrage" sur l'écran "Recherche détaillée" pour avoir une description précise - il est impossible de tout afficher dans une seule liste - de chacun des 536 titres).
Dans l'un de ces ouvrages, M. Tajima y a noté la chose suivante: "Le plus important est peut-être de savoir discerner clairement la période la plus fructueuse de la vie d'un être". Ce n'est guère aisé pour ceux qui se cramponnent à leurs postes, à leurs pouvoirs, ou à leurs convoitises.
Enseignant maintenant à l'Université après avoir travaillé tour à tour dans les domaines bibliothécaire puis muséologique, lorsque se bousculent dans ma tête les problèmes de préparation des cours, de pédagogie générale ou spécifique, d'amélioration des bibliothèques, j'aimerais être capable d'appliquer ne serait-ce qu'une partie du principe de M. Tajima: flexibilité de pensée et ligne de conduite ferme.
Tout sourire, un verre à la main (Shuko MAYAMA)
Ayant probablement été le plus mauvais élément du Département de Linguistique française, j'en suis malheureusement arrivée à vivre en essayant de cacher autant que cela est possible le fait que je suis sortie de Gaigo. Qui plus est, sujette à une forte amnésie je n'ai guère de souvenirs de mon passage à l'Université. Je vous prie de bien vouloir m'en excuser, M. le Professeur.
Pour toutes ces bonnes raisons, je pensais pouvoir me contenter de rassembler les manuscripts pour la brochure commémorative en l'honneur de M. Tajima... mais non, en fin de compte, M. Hatano insista pour que ceux qui avaient rendu service apportent eux aussi leur contribution. Ce fut là mon plus grand souci l'été dernier.
J'ai assisté pour la première fois à une réunion des anciens élèves 25 ans après avoir eu mon diplôme. Celle-ci se poursuivit ensuite, grâce à l'obligeance d'un camarade de promotion, au café "Usagi" à Ochanomizu, un troquet que je gérais en compagnie d'une connaissance depuis que j'avais quitté mon travail. M. Tajima appela au téléphone quelques instants plus tard puis vint en compagnie d'un collégue de Meiji. Les gérants, des amateurs dépourvus de sens commercial, avaient abandonné depuis 3 ans l'idée de faire fortune, mais M. Tajima l'apprécia peut-être pour y être revenu 2 ou 3 fois par la suite.
Les jours précédant cette assemblée des anciens élèves, je me suis rendue au domicile de M. Tajima à Asagaya pour y emprunter des prises de vue, et Eiko, son épouse, a alors évoqué de nombreux souvenirs. En l'occurrence, "Il appréciait par-dessus tout la vie à travers l'alcool et le tabac. De façon modérée cela est sans conséquence, mais étant jeune ..." Je me le suis alors rappelée un verre à la main et tout souriant, visiblement heureux d'être là à discuter, et - moi qui apprécie de boire en heureuse compagnie - il m'a soudain semblé que la distance qui nous séparait s'était brusquement rétrécie.
M. Hiroshi TAJIMA(Shigeru MISAWA)
Le principal souvenir que j'ai de M. Tajima est le cours sur "Madame Bovary". Je me rapelle que les cours avaient commencé immédiatement après le début du second semestre 1964, et j'étais enchanté à l'idée de pouvoir aborder enfin la littérature française. Toutefois, pour moi qui venais tout juste d'achever l'étude de la grammaire élémentaire, chaque jour était un dur combat avec chacun des nouveaux termes. Le début du premier chapitre est une description du chapeau de M. Bovary, mais même après avoir recherché un à un tous les mots dans un dictionnaire Standard Français-Japonais Taishukan, je ne suis finalement pas arrivé à la saisir pleinement. Je me remémore toujours très bien, 40 ans après, la prestance avec laquelle M. Tajima nous expliqua d'une voix vive cette description difficile.
M. Hiroshi TAJIMA(Kazuyoshi TOMITA)
A la différence de son collègue M. Yajima, M. Tajima était toujours souriant et donnait l'impression d'être un enseignant d'abord particulièrement facile.
Assistant rarement aux cours, j'étais un étudiant très relâché qui ne faisait que jouer au pachinko mais, quand arrivaient les examens, je parcourais alors fébrilement Ochanomizu et ses alentours à la recherche de traductions.
J'ai récemment entrepris de faire le ménage autour de moi, en faisant en sorte de jeter autant de vieux livres que possible après les avoir re-lus, quand est ressorti "Trois petites histoires" publié par Iwanami Shoten.
Je n'annotais habituellement pas les nouvelles mais celles-ci l'avaient été. Il s'agissait très vraisemblablement du premier ouvrage étudié dans le cours de M. Tajima après avoir terminé la grammaire fondamentale, et je me suis rappelé cette époque avec émoi.
M. Tajima était une personne fort serviable; quand notre employeur décida de nous envoyer en France, Kanazawa et moi, et que nous nous rendîmes chez lui à Asagaya, il nous présenta quelqu'un pour nous apprendre le français avant notre départ; il assista même à mon mariage.
Ceci dit - j'ai honte de l'avouer - je ne connaissais rien de lui.
Je me trouvais malheureusement en voyage d'affaires en France au moment de sa disparition, mais de retour je me suis rapidement rendu pour la deuxième fois à Asagaya pour lui rendre hommage. C'est là que pour la première fois j'ai eu l'occasion de discuter avec sa veuve, et plus j'en apprenais, plus je comprenais à quel point sa personnalité m'avait échapé, me laissant terriblement confus.
Toutefois, il était exact que la première impression voulant qu'on le prenne pour un enseignant bienveillant était la bonne.
La retraite acquise, je voudrais rattraper les heures perdues pour avoir séché ses cours, et je vous demande, M. Tajima, de bien vouloir veiller sur moi depuis le Paradis.
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Souvenirs de M. Hiroshi TAJIMA (Korehito NISHIHARA)
M. Tajima ne perdait jamais son sourire. D'un caractère tempéré et serein, il était plein d'affection pour les étudiants.
Je ne peux oublier son visage souriant et momentanément emprunt de timidité quand il me donna du "Mademoiselle" à l'occasion du tout premier cours.
Moi qui n'avait guère étudié (je le regrette) pour cause de Mah-Jong, on me donna malgré tout ma Licence, et je tiens à remercier les enseignants du Départment de Linguistique en général, et M. Tajima en particulier, pour leur grandeur d'âme.
Aujourd'hui, ouvrir le "Dictionnaire Français-Japonais Jeunesse", dont il assura la supervision, ne manque pas de faire resurgir en moi le souvenir de M. Tajima.

M. Hiroshi TAJIMA (Chikayuki YOSHIDA)
Il me semble que c'était au beau milieu d'une discussion animée où il était entouré de plusieurs personnes, quand soudain M. Tajima dit en me fixant: "Celui-ci ... il sera quelqu'un plus tard!". Comme un diseur de bonne aventure avec un tournesol en guise de visage.
Cet oracle, que je pris alors pour argent comptant et dont je l'en remercie, figure au même rang que son sourire dans ce que j'ai conservé de lui... mais tout bien considéré, je ne me rappelle pas avoir été touché par quelque chose de singulier, ni en bien, ni en mal. Je ne peux m'empêcher de penser "Mauvais pronostic, n'est-ce pas, M. Tajima!?", mais allez savoir ce que nous réserve l'avenir.

Souvenirs de M. Hiroshi TAJIMA(Fumiko HAKOYAMA)
L'évocation de M. Tajima fait resurgir devant mes yeux son visage affectueux et son chaleureux sourire. Un visage un peu enrougi par l'alcool qu'il appréciait tant. Des étudiants toujours agglutinés autour de lui. Dans les locaux de l'Université, dans un bistrot en ville, à Paris mais aussi un peu partout en Europe. Tout le monde se rassemblait naturellement autour de lui, dans une sorte d'intimité familiale dont l'atmosphère magnanime nous envahissait tous. Lui disparu, qu'en sera-t-il de ces rassemblements? Il était également connu pour sa grande serviabilité, et c'est lui qui me présenta des postes de professeur à mi-temps.
Aimant voyager, il s'est souvent rendu en France et en Europe, en compagnie de son épouse ou bien avec des étudiants de Gaigo. Je reste avec le regret de n'avoir pas eu l'occasion de pouvoir le recevoir chez moi à Paris. J’éprouve un grand dépit que j’ai définitivement perdu toute chance de pouvoir lui rendre service qui lui donnerait de grand plaisir.
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