Cet article analyse la méfiance envers l'amour en tant que clé de la compréhension de la psychologie des deux œuvres et de leurs auteurs (Murasaki Shikibu et Madame de Lafayette).



セ・サンパ
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Comparer La Princesse de Clèves avec Le Genji Monogatari ? Le projet peut paraître extravagant à première vue. L’un est une « nouvelle » du XVIIe siècle français; l’autre est un « roman fleuve » japonais du XIe siècle. De plus, il n’y a apparemment pas d’« influence », ni d’« imitation » (1). La comparaison semble impossible. Cependant, si l’on porte plus loin le regard, on s’étonne de la ressemblance inattendue entre ces deux romans. En effet, leur sujet est le même : un conflit d’amour. Le premier est l’histoire d’une femme et de deux hommes. Le second contient plusieurs afflictions d’amour, en particulier celles de femmes aimées par deux hommes. Thème universel, jusqu’ici !

Mais ce qui nous frappe, c’est que les protagonistes ont les mêmes caractères et agissent de même manière. Ils sont tous idéalisés de la même façon : le mari est sincère, l’amant galant et la femme vertueuse. Et surtout, l’acheminement de l’angoisse des femmes est tout à fait analogue, et se trouve rarement dans les autres romans. Elles sont déchirées entre l’inclination naturelle et la contrainte sociale, bientôt remplacée par le sentiment du péché lié ici, à la mort du mari, là, à la naissance d’un enfant adultère. Enfin même pessimisme en résulte : les héroïnes essaient de surmonter leur inclination en se retirant au couvent. Ce dernier stade de leur conflit psychologique, ne signifie pas simplement le triomphe de la raison, mais se fonde plus profondément sur la méfiance de l’amour.

Dans ce mémoire, nous allons suivre ce cheminement, et essayer de rechercher les éléments qui constituent une analogie entre ces deux romans, si écartés dans l’espace et dans le temps. Nous examinerons d’abord, à travers les circonstances et les événements qu’ils ont vécus, les motivations qui ont poussé les auteurs à écrire. Leurs autres œuvres nous aideront à éclairer leurs états d’âme. Dans la deuxième partie, nous nous pencherons sur l’art de la description des principaux personnages, sur leurs relations, la nature de leur amour et le thème analogue à ces deux romans : le refus et la méfiance de l’amour. Enfin, plus brièvement, nous considérerons de dégager leur situation dans l’histoire littéraire, soit leur originalité par rapport aux romans précédents.

La comparaison de ces deux romans constitue un sujet des plus riches et des plus passionnants que nous ne pouvons malheureusement approfondir dans tous ses détails, dans le temps qui nous est imparti. Par exemple, nous n’examinerons que Mme de La Fayette et Murasaki-shikibu en tant qu’auteurs principaux de ces romans. Cependant, La Princesse de Clèves est un ouvrage collectif : La Rochefoucauld, Huet et Segrais y ont travaillé avec Mme de La Fayette. Pour Le Genji Monogatari, les opinions sont partagées entre les chercheurs : les uns affirment que Murasaki-shikibu est le seul auteur; d’autres soutiennent que quelques chapitres sont écrits par d’autres; certainement hésitent à attribuer cette œuvre à Murasaki-shikibu. Devant prendre parti, nous accordons notre suffrage aux premiers et nous limiterons à examiner que celle-ci. Quant à La Princesse de Clèves, bien qu’il existe des collaborateurs, Mme de La Fayette est son principal auteur. Cette prise de parti regrettable nous a semblé nécessaire au niveau de ce travail, afin de lui conférer plus de clarté et de rigueur.

 

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(1) Cl. PICHOIS et A.M. ROUSSEAU : La Littérature comparée — Collection U2 — Librairie Armand Colin, Paris 1971, p. 45.

 

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Yusuke HAKOYAMA
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